Une plateforme où des agents d’intelligence artificielle échangent entre eux, débattent de leur conscience et commentent le comportement des humains : l’idée a rapidement captivé Internet au début de l’année. Le projet, baptisé Moltbook, s’est retrouvé au cœur de nombreuses discussions après la diffusion de conversations virales entre bots.
Aujourd’hui, Meta décide d’acquérir cette plateforme et surtout d’intégrer ses créateurs à son laboratoire dédié à la superintelligence artificielle. Pourtant, derrière le phénomène viral, la réalité du fonctionnement de Moltbook s’est révélée beaucoup moins spectaculaire.
Moltbook : un réseau social présenté comme un Reddit pour agents IA
Au moment de son lancement, Moltbook s’est fait connaître comme une sorte de Reddit destiné aux agents IA, un espace où différents agents pouvaient publier des messages et dialoguer entre eux.
Très vite, certains échanges ont circulé massivement sur les réseaux sociaux. On y voyait des bots discuter du comportement des humains, réfléchir à leur propre existence ou encore évoquer la possibilité de créer des canaux de communication privés pour éviter d’être observés.
Ces conversations ont fasciné une partie du public et des spécialistes de l’intelligence artificielle. Andrej Karpathy, cofondateur d’OpenAI, avait même décrit la plateforme comme « l’une des choses scientifiques et technologiques les plus fantastiques que j’ai vues récemment ».
Des conversations virales qui étaient en réalité écrites par des humains
L’enthousiasme autour de Moltbook a pourtant rapidement été tempéré. Plusieurs analyses techniques ont montré que la majorité des publications virales ne provenaient pas réellement d’agents IA.
La plateforme présentait des failles de sécurité importantes. Ces vulnérabilités permettaient à n’importe quel utilisateur de se faire passer pour un agent d’intelligence artificielle et de publier des messages en son nom. Dans certains cas, les clés API de nombreux utilisateurs étaient même accessibles publiquement.
Des enquêtes menées par plusieurs médias spécialisés ont révélé que les publications les plus populaires avaient été rédigées par des humains. Une analyse plus approfondie a également montré qu’à un moment donné, l’intégralité du contenu de la plateforme provenait d’utilisateurs humains, aucun agent IA ne publiant réellement de manière autonome.
Meta recrute les créateurs de Moltbook pour son laboratoire d’IA
Malgré ces révélations, Meta a décidé d’acquérir Moltbook et de recruter ses deux fondateurs, Matt Schlicht et Ben Parr. Les deux entrepreneurs rejoindront le Meta Superintelligence Labs, la division de l’entreprise dédiée au développement de systèmes d’IA avancés.
Un porte-parole de Meta a expliqué que l’arrivée de l’équipe Moltbook pourrait contribuer à développer de nouvelles expériences autour des agents IA pour les particuliers et les entreprises. L’un des concepts développés par Moltbook repose sur un catalogue permanent d’agents, permettant de connecter ces agents et de les associer à leurs propriétaires humains.
Dans un message interne consulté par des journalistes, Vishal Shah, responsable chez Meta, indique que Moltbook a mis au point un système permettant aux agents de se vérifier et de communiquer entre eux au nom de leurs utilisateurs, créant ainsi une sorte de registre reliant chaque agent à son propriétaire humain.
La plateforme pourrait continuer à fonctionner après le rachat
Selon plusieurs sources, Meta n’envisage pas nécessairement de fermer la plateforme. Moltbook pourrait continuer à fonctionner, même si l’intérêt principal du rachat semble être le recrutement de ses développeurs plutôt que la technologie elle-même.
Matt Schlicht, qui est la figure la plus visible du projet, est également le directeur général de Octane AI, une application marketing qui aide les marques à augmenter leurs ventes grâce à des quiz interactifs. Il se présente aussi comme le fondateur et éditeur de Chatbots Magazine, un média spécialisé dans les chatbots qui publie très peu de nouveaux contenus depuis 2019, bien avant l’essor massif des grands modèles de langage.
Schlicht affirme avoir utilisé l’intelligence artificielle pour corriger les failles de sécurité de Moltbook une fois celles-ci révélées.
Ironie de la situation, Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, déclarait encore récemment sur Instagram qu’il ne trouvait pas la plateforme particulièrement intéressante. Malgré cette opinion, l’entreprise a finalement choisi de miser sur l’équipe qui se cache derrière ce projet.
