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Taxe sur les petits colis : la nouvelle facture qui va frapper les clients de Shein, Temu et AliExpress

Deux euros par catégorie d’article commandé. C’est la nouvelle règle qui s’applique dès ce dimanche aux achats effectués sur les plateformes extra-européennes. Derrière cette taxe sur les petits colis, le gouvernement affiche une ambition claire : freiner l’explosion des importations à bas prix venues de Chine et financer des contrôles douaniers renforcés. Une mesure qui promet d’alourdir la facture et qui fait déjà débat.

Deux euros par catégorie d’article : comment la taxe est calculée

La taxe ne concerne pas le colis dans sa globalité, mais chaque catégorie douanière distincte qu’il contient. Concrètement, si un client commande trois tee-shirts identiques, il ne paiera qu’une seule fois 2 euros. En revanche, si le panier comprend un tee-shirt, une paire d’écouteurs et un bijou, la taxe atteindra 6 euros, soit 2 euros par catégorie.

Sont visées les commandes passées sur des plateformes comme Shein, Temu, AliExpress, mais aussi Amazon lorsque les produits sont expédiés depuis un pays situé hors de l’Union européenne.

Des colis de moins de 150 euros directement ciblés

La mesure s’applique aux envois dits de faible valeur, c’est-à-dire inférieurs ou égaux à 150 euros. Elle concerne les importations en provenance de pays hors Union européenne vers la France métropolitaine, ainsi que la Martinique, la Guadeloupe, La Réunion et Monaco.

Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. En 2025, 5,8 milliards de petits colis ont été livrés en Europe, dont 97 % expédiés depuis la Chine. En France, le nombre d’articles contenus dans ces envois est passé de 170 millions en 2022 à 828 millions en 2025, pour une valeur totale de 5,58 milliards d’euros. Le produit de la taxe doit contribuer au financement des contrôles à l’entrée du territoire.

Qui paiera vraiment la taxe ?

Officiellement, ce sont les plateformes qui sont redevables. Elles devront déclarer et verser la taxe à l’administration fiscale française. Le gouvernement a précisé que le dispositif serait « alimenté par les plateformes », un amendement qui a permis d’obtenir le soutien de La France insoumise à l’Assemblée nationale.

Dans la pratique, la question reste ouverte. Les plateformes pourraient décider de répercuter le coût sur les consommateurs, via une hausse des prix ou des frais de livraison.

Le débat politique a été vif. Le député RN Jean-Philippe Tanguy a dénoncé « une taxe sur la consommation populaire et les classes moyennes ». À l’inverse, l’ancienne ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a déclaré : « Ceux qui ce soir ne voteront pas cette taxe (…) n’ont pas choisi la France, ils n’ont pas choisi nos commerçants, ils auront choisi la Chine et sa submersion. »

Freiner l’ultra fast-fashion et protéger les commerçants français

L’objectif affiché est double. D’une part, rétablir une concurrence plus équitable face aux commerçants français et européens, qui dénoncent depuis des années la montée en puissance des plateformes asiatiques. D’autre part, décourager les achats impulsifs de produits à très bas prix.

Le gouvernement met aussi en avant l’argument environnemental. L’essor de l’ultra fast-fashion et le transport aérien massif de ces marchandises alourdissent l’empreinte carbone. En augmentant le coût de livraison, l’exécutif espère réduire le volume de ces expéditions.

Dès juillet, une double taxation avec l’Union européenne

La facture pourrait encore augmenter. À partir de juillet, la taxe nationale de 2 euros sera cumulée avec un droit de douane européen de 3 euros par article. Chaque catégorie d’article sera donc taxée à hauteur de 5 euros sur le sol de l’Union européenne.

Les taxes italienne et française ont vocation à disparaître en novembre 2026 au profit d’un mécanisme entièrement européen, destiné à harmoniser les règles au sein du marché unique.

Un contournement déjà envisagé par les plateformes

En attendant cette harmonisation, un risque de contournement existe. Les plateformes peuvent faire atterrir les marchandises dans un autre pays européen, puis les acheminer en France par la route.

Le Groupe ADP estime que l’entrée en vigueur de la taxe pourrait entraîner le transfert d’environ 50 vols par semaine de Paris-Charles-de-Gaulle vers des hubs situés au Benelux, et ce de manière durable. Le groupe souligne qu’une mesure isolée à l’échelle nationale peut provoquer des détournements logistiques si elle n’est pas coordonnée au niveau européen.

La réponse de Shein

Interrogé par l’AFP, un porte-parole de Shein affirme que l’entreprise est « pleinement engagée à respecter l’ensemble de la réglementation douanière et fiscale française et européenne ».

La société rappelle que, conformément au droit de l’Union européenne, une marchandise légalement importée et mise en libre circulation dans un État membre peut circuler librement au sein de l’Union. Une précision qui souligne la possibilité d’un acheminement via d’autres pays.

« Nous comprenons les objectifs poursuivis par les mesures douanières et de traitement actuellement mises en œuvre en France. Pour garantir leur efficacité, leur proportionnalité et leur applicabilité concrète, une coordination étroite au niveau de l’Union européenne, ainsi que des processus clairs et harmonisés entre les États membres, sont nécessaires », ajoute le porte-parole.

Sollicitée également, Temu n’a pas répondu. Une chose est certaine : avec cette taxe sur les petits colis, le modèle des achats à très bas prix venus de Chine entre dans une nouvelle phase, et les consommateurs pourraient en ressentir rapidement les effets sur leur panier.

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